Quimper. Drame du Bara Mann : le port du VFI en question

Le 11 février 2010, deux marins du Bara Mann avaient disparu en mer. Le patron du chalutier bigouden et l’armement comparaissaient ce jeudi devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire. Le jugement a été mis en délibéré.

Un électrochoc. Le mot a été évoqué à plusieurs reprises, ce jeudi, devant le tribunal correctionnel de Quimper. Depuis la disparition en mer de Bruno Nédélec et de Stéphane Le Page, la prise de conscience semble avoir agi sur le milieu maritime. Elle arrive bien trop tard pour les familles des victimes qui s’étaient constitué partie civile.

Le 11 février 2010, peu avant midi, les membres de l’équipage du chalutier hauturier étaient affairés sur le pont. Occupés à remonter les panneaux avant de gagner une nouvelle zone de pêche, aucun d’eux ne portait son vêtement à flottabilité intégré, pourtant obligatoire (VFI).

Panique
C’est en tentant d’atteindre une poulie pour permettre au panneau tribord du chalut de remonter à bord que Bruno Nédélec avait chuté à la mer. La manœuvre immédiate décidée par le patron avait permis de rejoindre le marin. Mais après un quart d’heure dans une eau à 8°, il n’avait pas trouvé la ressource nécessaire pour saisir l’échelle de coupée qui lui était présentée. Stéphane Le Page avait alors sauté à la mer pour tenter de lui porter secours. En vain. Après quelques minutes, les deux marins avaient lâché prise l’un après l’autre. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés.

Des gestes qui ont conduit le président Anne-Marie Robert à s’interroger :  » Vous aviez deux radeaux à bord. Pourquoi ne pas avoir pensé les mettre à la mer ? ».  » On a agi dans la panique, dans l’urgence… Je ne pense pas qu’ils auraient eu la force de monter dedans », s’est expliqué le patron du Bara-Mann.

Des manquements
C’est bien là le fond du problème pour le procureur, Gwenaëlle Thouroude : «  Une formation à la sécurité, aurait pu permettre une réaction plus appropriée ». L’inspection maritime du travail avait d’ailleurs relevé ces manquements avant le drame.  » Il n’y avait pas de formation ad hoc à l’époque. D’ailleurs j’avais fait signer des contrats sur lesquels il était bien spécifié que le port du casque et du VFI était obligatoire », s’est défendue Soizig Le Gall-Palmer, la présidente du directoire de l’armement.

Pour Me Jean-François Moalic, son défenseur, le parquet s’est acharné sur un armement modèle :  » Il y avait du personnel compétent… Le principe c’est que chacun doit veiller à sa propre sécurité ». Oui mais voilà, des VFI, il n’y en avait que trois à bord.

Hypothermie
Mais pour Me Didier Le Bihan, l’avocat du patron du chalutier  » la démonstration que le défaut de port de VFI soit la cause du décès n’est pas faite ». Dans une eau à 8°, la survie des deux marins ne pouvaient guère excéder un quart d’heure. Il a plaidé la relaxe de son client. Une faute pas davantage caractérisée à l’encontre de l’armement, aux yeux de sa défense. Notamment au regard du décès de Stéphane Le Page.  » On ignore la cause du décès, on ne peut pas établir de lien de cause à effet ». Un doute que les familles ne partagent pas, avec la certitude que c’est l’absence de VFI qui est à l’origine du drame.

Le procureur a requis une peine de trois mois de prison avec sursis et une amende de 1.500 euros à l’encontre du patron, ainsi que 80.000 euros d’amendes à l’encontre de l’armement, pour homicide involontaire. Le jugement a été mis en délibéré au 23 juin.

Jean Le Borgne

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